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Côte d’ivoire : Esclavage d’enfants et cacao, Comprendre par l’opération Bayiri

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La Côte d’Ivoire a été à nouveau interpellée sur la question de la production de son cacao par l’esclavage d’enfants. Les sénateurs démocrates Ron Wyden et Sherrod Brown ont saisi le 16 juillet 2019, le département de la Sécurité intérieure américaine (DHS). Leur requête portait sur l’application des lois interdisant les importations de cacao issu du travail des enfants. L’on croyait cette affaire, née sous la présidence de Laurent Gbagbo, réglée qu’elle refait surface. Face à ces nouvelles allégations, comprendre les enjeux socio-économiques et politiques de cette situation semble nécessaire.

En Janvier 2019 France 2 diffusait un documentaire sur l’exploitation d’enfants dans la plantation de Cacao à l’Ouest de la Côte d’ Ivoire. Des enfants, en majorité ramenés du Burkina Faso voisin par une filière de passeurs organisés. Le documentaire avait été censuré par Canal+ à la suite d’une action de la présidence de la république. L’opinion avait été surprise par cette censure, qui pourtant, venait de faciliter le travail à madame Dominique Ouattara. La première dame est en charge du comité de lutte contre l’esclavage des enfants dans la filière cacaoyère. Une occasion que Children Of Africa, organisation œuvrant pour le bien-être des enfants et fondée par la première dame de Côte d’Ivoire, aurait pu saisir pour des d’actions à l’encontre des responsables. Pour comprendre la récurrence de cette question qui n’est pas anodine, il faut bien remonter au début de la crise ivoirienne pour cerner l’essentiel des clés de l’affaire.

L’esclavage d’enfants dans le cacao ivoirien, révèle des implications socio-économiques  profondes

Photo extraite du film Bayiri, la patrie de Saint Pierre YAMEOGO

19 Septembre 2002, lorsque la crise ivoirienne éclate, 6 millions de Burkinabés sont inquiétés par la tournure que prenaient les évènements. Ces Burkinabés qui pour la plupart ne connaissent pas le pays d’origine de leurs parents, doivent  partir d’une terre qui porte  non seulement la marque de leur naissance, mais surtout l’espérance des familles restées au Burkina Faso. C’est l’opération BAYIRI (retour à la mère patrie). Le scénariste Burkinabé Saint Pierre YAMEOGO dira au sujet de son documentaire éponyme, censuré par Canal+ en 2011 et à la 25e édition du Fespaco que : « Un Burkinabè sur dix a au moins cinq parents qui travaillent en Côte d’Ivoire ! Et c’est eux la richesse des familles parce qu’ils envoient l’argent ».

 L’opération a été lancée le 14 Novembre 2002 et fiancée par Laurent Gbagbo lui-même. Elle verra le rapatriement de plus de 30 000 personnes dont ceux partis au déclenchement de la crise ivoirienne. L’impact sur l’économie du Burkina Faso est immédiat. Une crise socio-économique et sécuritaire pointe; larcins, braquages et coupeurs de route. Il faut souligner que ces « travailleurs » fournissaient  plus 40% du budget de l’État burkinabé à travers les fonds rapatriés. Pour résoudre la crise, il fallait que le Burkina Faso trouve un deal avec l’État de Côte d’ivoire. Et c’est en 2005 que sera définitivement scellé le sort des populations de l’Ouest de la Côte d’Ivoire et des forêts classées.

L’Ouest ou le port de San-Pedro, Laurent Gbagbo a fait son choix

Laurent Gbagbo, ex président ivoirien a favorisé exacerbé la crise migratoire et politique entre la Côte d Ivoire et le Burkina Faso par le financement de l opération Bayiri

L’État de Côte d’Ivoire dirigé par le président Laurent Gbagbo, nationaliste, va consentir et laisser faire l’envahissement des forêts par des burkinabés. Cette fois, missionnés par le Burkina Faso officiel. Il s’agit désormais de  récupérer « leurs terres » abandonnées dans leur fuite et récupérées par les autochtones Wê. Retour qui laissait entrevoir une grosse crise, avec l’œil complaisant d’Abidjan qui espérait gagner la paix. C’était ça ou le Port de San Pedro dont Blaise Compaoré voulait aussi les revenus. Il apparaît clairement difficile que l’accord politique de Ouagadougou apporte la paix dans un tel environnement. Laurent Gbagbo avait certainement fait un jugement à la « Salomon ».Comment laissé revenir une population désemparée sans proposer de solutions de rechange durables aux autochtones Wê? Pourquoi penser que l’opération BAYIRI qu’il avait financée allait créer des problèmes à son voisin, sans que celui-ci ne réagisse ?

Il s’en suivra alors l’opération  BAYIRI 2 (ndlr). Mais dans l’autre sens avec des populations Burkinabès encadrées par une milice pour la protéger et  prête à en découdre. Les armes étant prélevées sur le stock acheté par Guillaume Soro et Blaise Compaoré à Moustapha Al-chafi.

Esclavage d’enfants dans le Cacao, tout part du Mont Péko

Amadé Ouérémi, seigneur du mont Péko à l Ouest de la Côte d Ivoire jusqu à son arrestation en 2013 par l armée ivoirienne aidée des soldats français

Là commence la légende  d’Amadé OUÉRÉMI  dans la forêt du Mont Péko, où un port sec sera ouvert sous sa surveillance militaire. Tout était fin prêt pour la saignée des forêts classées, mais aussi les ingrédients des conflits dans l’Ouest. L’explication aux nombreuses crises communautaires et massacres à l’Ouest de la Côte d’ivoire vient de là. L’état pris à son propre projet était alors impuissant. Les terres reconquises, des plantations annexées, les parcs dévastés, le business du cacao peu reprendre avec le Burkina Faso qui devient producteur de Cacao. Entre temps de nombreux enfants sont ramenés du Burkina Faso pour rejoindre les milices ou servir de manœuvres dans les champs.

 De 2003 à 2009, ce trafic de Cacao a aidé au blanchiment de l’argent du braquage de la  Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Près de 1000 milliards Fcfa, remboursés à la BCEAO par Laurent Gbagbo. Ce qui expliquera le petit dispositif de « gens de confiance » qui suit. L’homme d’Affaires très proche d’Alassane Ouattara, Adama Bictogo avait pour rôle de réguler le trafic, le Colonel Koné Zakaria qui assurait la sécurité des convois et Amadé Ouérémi pour la sécurisation des exploitations et du port sec. Le Cacao partait du Mont Péko pour se retrouver à Bobo Dioulasso pendant la crise.  Avant d’être vendu pour le Ghana, à Amelé, un petit village aux  frontières entre le Ghana, le Burkina Faso et le Togo.

Ouattara évite-il d’être ingrat ?

Hilaire Marcel Lamizana, DG du Port de San Pédro en Côte d Ivoire

Nous sommes en 2011, et la crise ivoirienne prend fin avec le renversement de Laurent Gbagbo. Arrive alors Alassane Ouattara qui ne va pas tergiverser sur la question. Le Burkina Faso est un pays ami qui a soutenu la rébellion qui l’a porté au pouvoir. Il faut donc éviter les crises inutiles et  mieux organiser la filière. Il prend bien soin de  donner sa part de Port de San Pedro  au Burkina Faso, dont les intérêts sont gérés par l’actuel directeur de l’institution portuaire, Hilaire Lamizana. Le ménage va continuer avec l’arrestation musclé d’Amadé, remis à la justice et condamné sans procès. L’affaire est très vite passée sous silence, jusqu’à ce que le nommé disparaisse du territoire ivoirien. Mais les pratiques d’esclavage d’enfants dans la filière continuent. Dans le documentaire de France 2, l’un des témoins affirme que le trafic profite aux exportateurs ivoiriens, dont le géant américain Cargille cité dans le film. Mais ce n’est pas tout. Il y’a surtout des sociétés appartenant aux proches du président ivoirien. En tête de pont,  AFRICA SOURCING CÔTE D’IVOIRE.  Selon le site de la société qui a exporté en 2015  50 000 tonnes de fèves, elle a été « Créée en 2002 en Côte d’Ivoire en tant que filiale du groupe anglais ARMAJARO Trading Limited. 2002, année du début de la crise et de l’opération BAYIRI.

La question de l’esclavage d’enfants dans la production du cacao est une affaire d’Etats

Le 19 août 2014, ARMAJARO NEGOCE change de dénomination sociale pour devenir AFRICA SOURCING CÔTE D’IVOIRE, et devient, dès lors, l’un des plus importants exportateurs ivoiriens. Son activité principale demeure l’achat et l’exportation de fèves de cacao et de grains de café. Dotée des certifications UTZ et RainForest Alliance la société appartient au fils de Dominique Ouattara, Loïc Folloroux, dont il est le président. La société Agro West Africa dirigée par Zoumana Bakayoko, le frère du ministre de la défense Hamed Bakayoko  fait partie du dispositif. Le neveu de Youssouf Bakayoko, président de la Commission électorale indépendante, tire profit du deal.

Madame Ouattara présidente du Comité national de surveillance des actions de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants .

Madame Ouattara elle, préside le Comité national de surveillance des actions de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants .Ces connexions pourraient expliquer  la censure du documentaire de France 2 et la récente sortie de Dominique Ouattara en réaction aux allégations du sénat américain.  Éviter de mettre en péril l’esthétique politiquement correcte de lutte contre le travail des enfants, mais aussi financièrement rentable. En sommes, une affaire d’États.  Sur l’autel d’intérêts politiques ou privés, parfois des deux, nos gouvernements successifs depuis 2000, ont scellé l’avenir de générations entières. Au nœud d’une affaire d’État, dont la résolution pacifique pourrait être impossible, l’esclavage d’enfants dans le cacao ivoirien restera longtemps une affaire politique.

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