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Dossier Al-Chafi: Avant ses courses chez le mauritanien, comment Soro a rendu riche la rébellion ?

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Le dossier de notre rédaction se poursuit après la première partie titrée « Affaire Guillaume Soro / Djihadiste». Dans cette partie, un nouvel acteur fera son entrée. De grosses transactions se font. Transfert d’importantes sommes d’argent tirées de l’exploitation des ressources de la partie nord de la Côte d’Ivoire . Guillaume Soro est au commande de la rébellion, comme le presque président de cet état de fait.

Moustapha Al-Chafi, ici au milieu , lors dune opération de libération dotages français dans le Sahel

Depuis Ouagadougou, Moustapha Al-Chafi continue de gérer ses affaires dans le désert avec ses hommes de main. L’un des plus importants est le chef touareg d’origine nigérienne, Aghali Alambo, 47 ans à l’époque des faits. Il était l’un des fidèles du cercle restreint de Mouammar Khadafi. Al-Chafi se constitue un très beau stock d’armes dans le désert en les disséminant dans le sable. En réalité, l’homme était malin et avait pris soin d’anticiper les opportunités futures. Sa société de prospection minière, lui servait d’écran pour creuser et cacher des tonnes d’armes et de munitions dans le sable. Le recherche minière allant avec les fouilles dans le sol. Cette société a d’ailleurs disparu des radars. Il prenait ensuite minutieusement soin de marquer les coordonnées GPS et les détails des stocks, très importants pour les livraisons. Après l’opération dignité et la chute de Toumani Touré en 2012, l’homme d’affaires mauritanien a fait du chiffre. Nous y reviendrons. Mais avant, intéressons-nous à celui qui devient par le canal de Blaise Compaoré, un gros client du mauritanien. Guillaume Soro.

Cérémonie officielle à Bouaké en présence des pontes de la rébellion

Une machine à cash mis en place par Guillaume Soro.

La crise ivoirienne avait déstructuré le circuit du commerce entre la Côte d’Ivoire et ses voisins de sa frontière nord. Deux de ces pays deviendront de véritables plaques tournantes internationales du commerce de la zone sous contrôle de Guillaume Soro ; Le Mali, le Burkina, puis à l’ouest la Guinée Conakry.  Comment la rébellion finançait-elle son effort de guerre et subsistait toujours? Même après l’opération dignité de Novembre 2004, lancée par l’administration de Laurent Gbagbo? Pourtant l’opération l’avait fragilisée. Elle n’a pas eu de difficultés à se ré-équiper, ni à financer la réorganisation de ses troupes. Selon le substrat du rapport de l’AFD et d’autres sources, la rébellion avait réussi à s’organiser grâce à la « la centrale ». Une sorte d’administration financière à l’image du trésor public et des services d’impôts classiques. Tout ce système était soutenu par la caisse de solidarité faisant office de banque du territoire. D’où provenaient alors les ressources  qui ont aidé la rébellion à rebondir?  

Comme Al-Chafi, Guillaume Soro transforme la savane en billets

commercialisation frauduleuse de Cacao lors de la crise ivoirienne

Comme Al-Chafi, Guillaume Soro joue de la proximité ethno-religieuse avec la population malinké. Cela est nécessaire pour asseoir les réseaux d’affaires et la confiance. Et Guillaume Soro le sait. Le long des frontières ivoiro-malienne, ivoiro-burkinabé et ivoiro-guinéenne, les relations sociales, économiques et culturelles transfrontalières étant un fait réel. Pour le frontalier, cela constituait un espace d’appui et de complémentarité. Les pays au-delà de la frontière sont devenus des alliés, des partenaires. Les réseaux « djoula » (commerçant malinkés) s’appuyant sur eux pour mener à bien le ravitaillement des marchés du Nord ivoirien. Les commerçants achètent des produits de base au Nigeria, au Ghana, au Togo, au Sud de la Côte-d’Ivoire, hors taxe. Ils contournent la Côte-d’Ivoire en passant par le Ghana, puis gagnent le Burkina et le Mali. C’est à partir de ces deux pays que les marchandises transitaient en direction de la Côte-d’Ivoire. Par voies routières, les commerçants prennaient la direction des villes de Korhogo, pour ravitailler les villes et bourgades (Boundiali, Ferkéssédougou, Ouangolodougou, Bouna), et de Bouaké pour ravitailler Séguela, Mankono et Vavoua.

Guillaume Soro, et la rébellion s’offrent une fortune colossale.

Selon nos sources, les rebelles prélevaient des taxes sur chaque produit entrant. Les produits pétroliers par exemple, qui provenaient majoritairement du Nigeria sont un cas pratique. Le litre de gasoil était acheté à 155 Fcfa au Nigeria et revendu à plus de 550 Fcfa/le litre. Son entrée dans la zone était soumise à une taxe de 100 Fcfa par litre. Aux premières heures de la crise, 17 millions de litres de carburant avaient ainsi été écoulés. Grâce aux différentes stations d’essence de la zone, propriété des chefs rebelles, le deal du pétrole était huilé. Cela représentait environ 1 700 000 000 Fcfa de taxes. Ensuite 50000 à 100 000 Fcfa (76,3 à 152,60 €) par camion étaient prélevés au niveau du vendeur ou de l’exportateur. Les commerçants étaient également taxés et les transporteurs payaient 15 000 Fcfa de droits de transit dans la zone.  Pour le coton, s’il n’était pas vendu au Mali et au Burkina Faso, et devait être acheminé à Abidjan, son transfert de la zone rebelle à Abidjan revenait à environ 200 000 Fcfa (300€) le camion de 35 tonnes, dont 65000Fcfa versés aux Forces Nouvelles (FN) pour bénéficier d’une escorte. Le reste était distribué aux différents check points qui jalonnaient la route entre Bouaké et la capitale économique ivoirienne. Les entreprises de la zone versaient également des contributions en échange de leur sécurité.

Camions de marchandises au Corridor de Bouaké

Outre les taxes et droits de transit perçus par les Forces Nouvelles, les richesses du sous-sol et agricoles n’y échappaient pas. Ainsi à l’Ouest du pays, nouvelle boucle du cacao, une partie importante du cacao était acheminée vers le port de Lomé via le Burkina Faso. C’est de là que des fonds étaient remis à des intermédiaires maliens, burkinabé et ivoiriens. Ces collecteurs prenaient contact avec les planteurs (burkinabé, baoulé et malinké) restés dans la zone après le départ des autochtones guérés. Ils collectaient les produits achetés à 155Fcfa/kilogramme, très en deçà du prix national (850Fcfa). Les sacs de cacao et de café étaient alors entreposés dans le magasin de stockage de la coopérative agricole COPAGRI à Fengolo. Ce village de la commune de Duékoué est situé dans la zone de confiance où était installé le check point du contingent bangladais de l’opération des Nations Unies en Côte-d’Ivoire (ONUCI). C’est de ce village que des camions étaient affrétés sous escorte des éléments des Forces Nouvelles jusqu’à la frontière ivoiro-burkinabé. Arrivés au Burkina Faso, les acheteurs des produits effectuaient les différentes procédures douanières pour les acheminer vers le port de Lomé. Dès les premières heures du conflit ivoirien jusqu’en mars 2004, 30 camions de 35 à 60 tonnes partaient chaque jour du « port sec » de Fengolo pour le Togo. …/ A suivre

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