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Côte d’Ivoire : Crise Sanitaire, le choix de la Catastrophe ?

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Mi-Mars 2020, la crise sanitaire à Coronavirus éclatait dans la capitale ivoirienne, du fait de la négligence des autorités sécuritaires et sanitaires. Des passagers d’un vol en provenance de la France se soustraient des dispositifs de quarantaine et regagnent leurs familles, le 17 mars 2020. Le scandale secoue la capitale, et les autorités ivoiriennes, puis oblige le président de la république à abréger ses vacances d’Assinie. Il prononcera un discours assorti de mesures financières et restrictives des libertés individuelles, pour donner suite à une réunion de crise du conseil national de sécurité.

Pourtant 15 Jours plus tard, la Côte d’Ivoire enregistrera 218 cas au 3 Avril 2020. Dans la foulée, le premier ministre annonce à son tour un plan d’urgence à 1700 Milliards, pour soutenir les populations vulnérables, les entreprises et relancer l’économie, mis à mal par la crise. Aujourd’hui, avec 2423 cas et 30 décès enregistrés deux mois après le scandale de l’INJS, les ivoiriens sont-ils en mesure d’évaluer l’impact de l’action du gouvernement ?

une crise socio-économique prévisible et désastreuse

Salimou Bamba, Le directeur général de l`Agence Côte d`Ivoire PME

Dans la panique, le gouvernement fait comme tout le monde. Un confinement général du pays, assorti d’un isolement du district d’Abidjan. L’activité économique est arrêtée brusquement, sans possibilités pour les entrepreneurs et chefs d’entreprises de prendre des mesures de sauvegarde. Les commerces et activités aux petites mains indépendantes ferment en boucle, pendant que l’inquiétude monte chez les populations. Une inflation liée à la rareté des produits et biens de premières nécessité fait réagir les prix qui explosent. Les revenus des ménages et la croissance de l’économie prennent rendez-vous avec le recul. L’incertitude est à son comble et les espoirs, placés dans les mesures du gouvernement. C’est le début de la crise économique.

La mise en œuvre des mesures préconisées par le gouvernement pose un problème à ce jour. Au 1er Mai 2020, aucun accord véritable n’avait été trouvé entre le gouvernement et les entreprises pour sauver les emplois. Les syndicats et autres organisations patronales avaient enregistré plus de 19000 nouveaux chômeurs, avec moins d’un tiers bénéficiant de mesures d’accompagnement. Comment relancer la production dans un pays où l’économie est strictement liée aux échanges avec les partenaires extérieurs ?

Les PME ne sont pas mieux loties. Les mesures pris en leur faveur n’ont pas fonctionné elles aussi. Les 100 milliards annoncés par le gouvernement pourraient ne jamais trouver les jeunes PME qui ont pourtant besoins de relancer leurs activités. Les critères d’attribution restent pour plusieurs, une barrière infranchissable. Selon Frat Mat info, quotidien gouvernemental, dans sa publication du 8 avril 2020, l’agence Côte d’Ivoire PME avait invité début Avril 2020, les entreprises à s’enregistrer, et « travaillait à rendre opérationnel le plan de riposte du gouvernement ». Mais l’opérabilité du plan de riposte à la crise sanitaire en faveur des PME, pourrait avoir du mal à satisfaire. Après l’étape d’enregistrement, il est impossible pour la majorité des PME, d’aller plus loin dans le processus.

Les PME sont invitées à faire certifier leurs comptes par un expert-comptable. Critère qui reste hypothétique pour la majorité des PME, abonnées à la mauvaise gouvernance et aux petits arrangements avec le fisc.

Plus contraignant, les entreprises doivent avoir réalisé un chiffre d’affaires d’au moins 1 milliards au précédent exercice. Ce qui est complètement illégal, quand les lois ivoiriennes définissent la PME comme une entreprises qui réalisent un chiffre d’affaire de 50 millions à moins d’un milliard par an. Aussi, aucune entreprise dans l’informel ne peut avoir accès à un expert comptable, ni atteindre ce niveau de chiffre d’affaires. Et ils sont les plus nombreux. De nombreuses PME s’interrogent encore sur les raisons de ces barrières à la reprise de leurs activités. Pendant ce temps, les licenciements se poursuivent et la précarité économique gagne du terrain, tout comme l’attribution des allocations sociales de 25000 Fcfa (38€) reste floue avec des critères de sélection très peu connus.

Un dé-confinement précoce, face à une crise sanitaire qui progresse

Dr Eugène Aka Aouélé , Ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique

C’est dans ce contexte que la Côte d’Ivoire a décidé de dé-confiner. Difficile de rester confiné longtemps, alors qu’aucun signe d’embellie n’est perceptible. Le gouvernement a levé les mesures de restriction sans véritablement mettre à disposition les objets de protection de première nécessité. L’école a rouvert ses portes alors que les parents sans ressources, peinent à trouver des masques pour les enfants. La crise sanitaire progresse avec l’enregistrement de nouveaux cas chaque jour. Le ministère de la santé qui avait annoncé la distribution de plus de 100 millions de masques, n’a encore présenté un bilan réel et cohérent des opérations menées à ce jour. Le président de la république Alassane Ouattara, n’est pas plus rassurant quand il affirme que « le dispositif de riposte sanitaire donne des résultats très satisfaisants, mais nous n’avons pas encore gagné la bataille ».

Depuis le 7 Mai 2020, des cas confirmés positifs au coronavirus ont continué à être enregistrés par dizaines dans le pays. Pourquoi avoir donc précipité l’assouplissement des mesures de restriction, pendant que la crise sanitaire gagne du terrain et que les entreprises ne peuvent toujours pas redémarrer ?

Visiblement, la Côte d’Ivoire semble avoir fait le choix de la catastrophe sanitaire et économique, au regard de sa gestion de la crise. Les fonds mis en place pour soulager en urgence les entreprises et faire repartir l’économie sont inaccessibles.  Gérés par des cabinets dont la sélection n’a pas fait l’objet d’appel d’offre. Et l’accointance de ces cabinets avec des membres du gouvernement, pourrait cacher bien des choses. Les fonds sont-ils réellement disponibles ? pourquoi en durcir les conditions d’accès si tant est que le but de la manœuvre était de résoudre une situation d’urgence. Les ivoiriens pourraient se poser les mêmes questions au sujet du fonctionnement du gouvernement, pour lequel l’organisation des campagnes électorales l’aurait emporter sur une gestion efficace d’une crise sanitaire, qui risque de laissé le pays au fonds d’un abîme économique, après l’élection présidentielle.

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