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Afrique du Sud: Xénophobie, déconstruire le mythe Mandela pour résoudre la crise?

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Les tensions xénophobes qui secouent régulièrement l’Afrique du Sud, semblent constituer une question inextricable. Bien trop complexe à comprendre pour le commun des Africains. Il est clair que rester loin de l’histoire récente de ce pays à la  fois métissé et profondément divisé, pour comprendre la crise serait peine perdue. Pourtant le passif politique et sociologique de cette nation martyre et bourreau d’elle-même, renferme quelques clés de compréhension du phénomène dramatique que subissent les étrangers dans ce pays. Alors pourquoi aucun gouvernement n’arrive-t-il pas à résoudre ce problème en apparence simple et relevant de simples actes xénophobes? De Nelson Mandela  à Cyril Ramaphosa, en passant par M’béki et Zuma, personne n’a réussi a pacifier cette société, dont le caractère belliqueux  a été forgé au contact  de son histoire. Pourquoi?

Une libération sans condition pour Nelson Mandela, dans un contexte explosif

Après 27 années privatives de liberté pour Nelson Mandela, les clauses qui encadrent sa libération ouvrent les portes d’une prison plus pernicieuse et plus violente; la prison de la pauvreté. Mandela libre, représentait  un bon deal pour le consortium Afrikaner, qui se débarrassait ainsi de leur emprise politique sur le pays. Mais le volet économique, il faut l’oublier. C’est bien cet aspect économique qui durcit les négociations  entamées en 1987, entre le Parti national de  Pieter Botha et l’ANC de Mandela  à sa prison de Victor Verster. le confrère Jeune Afrique révèle « qu’il  n’y eut pas moins de douze rencontres, de 1987 à 1990, entre les deux hommes ».

Négociations  entamées en 1987, entre le Parti national de  Pieter Botha et l’ANC de Mandela  à sa prison de Victor Verster

Quels étaient donc les enjeux  dans une telle période d’incertitude et de conflit généralisé? Le risque d’embrasement était aussi important que la survie d’un système économique bâti sur des décennies et consolidant le pouvoir et la survie d’une minorité blanche très puissante. Alors le deal de la paix était l’option qui mettait tout le monde d’accord, mais il fallait garantir l’après paix. Les noirs voulaient la liberté dont le symbole était le pouvoir politique et les Afrikaners voulaient eux, la pérennisation du système économique, dont la paix et l’absence de représailles étaient le baromètre. Le système Afrikaner qui gouvernait le pays était prêt à faire des concessions, mais pas à n’importe quel prix.

Si Mandela voulait le pouvoir politique pour matérialiser l’égalité des citoyens, pour le pouvoir de l’apartheid, Il n’était pas question de rétrocéder les terres aux populations non Afrikaners, ni procéder à une réforme agraire et surtout ne jamais toucher au système bancaire, leviers vitaux du système. Pourtant, ces trois élément sont pour de nombreux noirs de ce pays le gage véritable de la liberté et de la souveraineté. La gestion du pouvoir politique n’était à ce moment là que symbolique. Et Mandela qui était devenu une icône était le moindre mal, en termes de choix, pour le gouvernement qui était aussi confronté à une insurrection armée des  » Zoulous de Mangosuthu Buthelezi, le président de l’lnkatha Freedom Party (IFP) et le favori de Margaret Thatcher, pour qui Mandela était un révolutionnaire communiste ».

Des doutes légitimes des camarades de l’ANC et une sortie mal négociée

Alors que ses camarades s’armaient pour défendre l’avènement du héro national, Mandela entame des négociations secrètes avec le gouvernement. Sortir de la crise par un processus politique était l’idéal, mais arrêter  Buthelezi était vital. Mandela suscite alors de la méfiance chez ses camarades de l’ANC.  »  L’initiative souleva l’inquiétude d’Oliver Reginald Tambo ( 27 octobre 1917 – 24 avril 1993 ) Tambo, lorsqu’il eut vent de négociations secrètes entre Mandela et le pouvoir. Mais il fit confiance à Mandela et persuada les autres leaders d’approuver son action ». Nelson Mandela lui succèdera à la direction de l’ANC, en juillet 1991.

L’initiative de Mandela de négocier discrètement avec le gouvernement souleva l’inquiétude d’Oliver Reginald Tambo, ici avec Nelson Mandela

Avait-il cédé aux conditions du gouvernement alors que Botha était contraint et pressé par les Etats-Unis de négocier avec Mandela? Pourtant il était en « position de force » politiquement  à ce moment là. En tout cas, sa libération avait eue lieu le 11 Février 1990, l’ensemble de l’économie est restée concentrée entre les mains des minorités blanches et Mandela a terminé président de la république d’une nation plus que divisée. Les conséquences de ce deal avec les suprématistes blancs sont nombreuses, avec un impact profond sur la sociologie d’un peuple devenu foncièrement violent et révolté.

Faut-il abattre le mythe Mandela pour résoudre la crise?

Cyril Ramaphosa, compagnon de Mandela dès sa sortie de prison, il fait partie des jeunes que celui-ci a recruté pour gouverner. Il est l actuel président de la république sud-africaine

Mandela est devenu héro national sur les ruines d’une société en lambeaux. Les médias et le consortium Afrikaner ont construit un mythe, un symbole politique pour servir une cause; la promotion de la non violence et de la paix pour garantir leurs intérêts. Si Mandela en a fait son cheval de bataille dès son élection le 27 Avril 1994, peut-être une clause du deal, son vice-président Thabo M’béki était celui qui gouvernait réellement et, très loin des radicaux du Parti. Outre le symbole politique, il y’a aussi un aspect financier. Le consortium Afrikaner va financer le gouvernement Mandela et même payer ses dettes auprès des institution de Breton Woods. Que pouvait réellement influencer Madiba ou Mbeki, jeune cadre politique, tout fraîchement recruté?

 Pour rappel,  » dans les deux années qui suivirent sa libération, Mandela reprît en main l’ANC pour en faire un parti de gouvernement. Trois jeunes se joignirent à la vieille garde : Thabo Mbeki, fils de Govan, qui avait fait des études d’économie en Grande-Bretagne et conseillé Tambo dans l’exil ; Cyril Ramaphosa (actuel président), secrétaire du syndicat des mineurs, qui se tournerait vers le privé en 1996 ; Chris Hani, ancien chef du MK, secrétaire général du Parti communiste, qui serait assassiné par un Blanc en avril 1992. Mandela lui-même prit la présidence du mouvement », rapporte Jeune Afrique.

Thabo Mbeki, ancien vice-Président sous Mandela et Président de l Afrique du Sud de Juin 1999 à Avril 2004

Mais a-t-il réussi a ramener une paix durable dans un pays en proie à la guerre civile? Le vrai mal du pays est psychologique et économique. Le gouvernement de Mandela a très mal négocié les reformes agraires et la réconciliation national. Au-delà des beaux discours et l’esthétique médiatique, le citoyen lambda du pays n’a pas droit à une éducation de qualité, car pas de moyens financiers. Les jeunes qui devraient être le fer de lance d’une renaissance nationale restent frustrés à la lisière d’un système qui célèbre le mythe de la liberté et fabrique un « zoo » humain au pied des gratte-ciels. On ne visite pas Soweto sans escorte policière et sans des véhicules sécurisés. Si les nombreuses crises que le pays connait et celles à venir doivent trouver une solution, il faudrait trancher dans le lard et dire la vérité au peuple d’Afrique du Sud.

Julius Malema, leader du parti combattant pour la liberté économique et ancien président de la ligue des jeunes de l ANC

C’est en cela que le combat de Julius Malema, aujourd’hui leader du parti combattant pour la liberté économique, trouve sa légitimité. Rendre la accessible la prospérité à tous les enfants noirs du pays rongés par la violence, la pauvreté et la maladie. Se réapproprier les terre et construire une nation généreuse à l’égard de tous ses citoyens. La crainte reste cependant le sort qui sera réservé à la minorité bourgeoise blanche, dont c’est également le pays de plein droit.  L’issue du combat de Nelson Mandela a finalement spolier les noirs de leur espérance et il faut bien quelqu’un pour la leur redonner. Aucun gouvernement ne peut réagir efficacement dans la résolution des crises à répétition, car les gouvernants eux-mêmes sont le fruit politique du deal que Mandela a conclu avec les suprématistes blancs. Dans ce pays, le pire peut arriver à tout moment, quand on sait la poudrière humaine chauffée à blanc par les nationalistes.

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