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Affaire Guillaume Soro / Djihadistes : Bataille de « Kirina », Sans Al-Chafi ?

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Il y’a quelques jours un confrère ivoirien barrait ça UNE d’un titre un peu trop voyant pour une affaire qui en réalité ressemble à une bataille entre Soumagourou Kanté et Soundjata de l’épopée manding. Si cette épique bataille historique appartient à l’histoire des grands empires africains, son environnement ressemble beaucoup à notre bataille qui a pris racine dans notre « Kirina » à nous ; la Côte d’Ivoire, le Mali, le Burkina Faso, la Libye et le Niger. Un espace où l’histoire récente du Sahel, devrions nous dire, demeure très liée à une relation profonde qui a liée à son tour un homme à ce qui deviendra un clan sur fond d’intérêt. De Amadou Toumani Touré, ex-président du Mali,  à Muhammar Kadhafi, en passant par Guillaume Soro chaperonné par Blaise Compaoré, ex-président du Burkina Faso, Moustapha Ould Limam al-Chafi, l’homme d’affaires Mauritanien a été à la fois l’aiguille et le fil qui ont joint deux zones d’influence de l’Afrique occidentale. De la Drogue, des armes et beaucoup d’argent ont cimenté des relations dont les retombées divisent aujourd’hui les initiés d’un clan divisé. Avant de comprendre l’allégation selon laquelle Guillaume Soro serait de connivence avec des djihadistes, il serait pertinent de comprendre une partie de l’histoire qu’il conviendrait d’appeler l’Affaire « Chafi ». Et cette histoire commence avec le défunt Guide Libyen, puis vous sera racontée en 3 parties.

Moustapha Al-Chafi, un renard du désert aux dents bien longues.

Al-Chafi (au milieu) lors de la libération d’Otages français dans le sahel

L’histoire de ce petit marchand du désert va s’écrire au contact d’hommes politiques et militaires puissants de la région ouest de l’Afrique. Né vers 1960, celui que les informations officielles présentent comme le conseiller de l’ombre de l’ex-président du Burkina Faso, est en réalité le maître du Sahel. Il fait ses armes auprès de l’ex-président du Mali Amadou Toumani Touré, et était aussi proche de Muhammar Kadhafi. Touareg comme Moustapha Al-Chafi, par sa mère et ayant épousé une Touareg, Amadou Toumani Touré se rapprochera du Guide libyen sur le conseil d’Al-Chafi, alors que Kadafi prépare une guerre contre l’OTAN. Très introduit auprès des tribus Touaregs du désert entre le Mali, l’Algérie, le Niger et le Burkina Faso, Al-Chafi passera de petit fournisseur de produits de premières nécessités (Thé, Sucre, Savon etc.) aux autochtones Touaregs du désert (activité qui l’y a fait connaître), à trafiquant de drogue, d’armes et de munitions. Le seigneur d’une zone hors de contrôle gouvernemental, plus grande que la France, qu’il deviendra, fait désormais de lui la « centrale d’achat » de produits stratégiques du nouveau commerce transsaharien qui prospère dans le sable. A l’appel du guide Muhammar Kadhafi aux africains pour le soutenir contre l’OTAN, le président Toumani Touré recommandera au guide de s’appuyer sur les tribus Touaregs, dont l’armée libyenne comptait déjà plus de 2000 hommes, et qui sont clairs de peau. Cela ferait plus discret. Toumani Touré active alors son homme de main, jusqu’ici très discret. Al-Chafi recrutera selon des sources militaires du Niger, et du Mali, au bas mot 800 hommes, pour le compte du guide. Il leur versera un tiers de la solde proposée, soit 400 euros. Nous sommes entre Décembre 2010 et Février 2011. Mais avant, le seigneur du désert sait transformer le sable en millions d’euros, surtout quand on parle l’arabe, l’anglais, le français et qu’on est fournisseur de vivres aux tribus Touaregs enclavées du désert.

Avec Compaoré, une proximité qui introduit Guillaume Soro dans le clan

L’ex-Président Blaise Compaoré, aujourd’hui en exile en Côte d’Ivoire et Naturalisé ivoirien

Connu pour avoir été le négociateur pour la libération de plusieurs otages occidentaux au Sahel, détenus par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi)et associés, entre 2008 et 2010, l’homme a mis à contribution ses réseaux de chefs d’états ouest africains pour faciliter le paiement des rançons aux preneurs d’otages Touaregs. Selon le New York Times, la France a payé près de 50% des 125 Millions de dollars qu’a coûtée la libération d’otages du Sahel. Il se rince au passage à coup de commissions, mais il faut un moyen de transport pour tous ces billets. A cette phase des opérations, c’est l’ex-président du Burkina Faso qui avait gagné le Jackpot. Si les Burkinabés pensaient que Compaoré détournait leur argent, ils peuvent s’en repentir car les affaires de leur consultant de président étaient très lucratives. Comment Blaise Compaoré arrive dans l’affaires ? Il crée Coris Bank en 2008. Pour deux raisons essentielles : Le blanchiment de l’argent issue du commerce avec la rébellion ivoirienne, du trafic de drogue d’Al-Chafi dans le désert, puis pour faciliter les transactions pour le versement des rançons aux preneurs d’otages, selon une enquête du New York Times, un document de synthèse de l’Agence Française de Développement (AFD), et une douzaine de sources en rapport avec le dossier. Ce blanchiment était possible à travers les activités de la société EBOMAF. Facile quand on est dans le BTP. Nous y reviendrons dans la seconde partie de notre dossier. Avec la chute du guide libyen Kadhafi en septembre 2011, 2000 Soldats des forces spéciales libyennes, Touaregs naturalisés après avoir immigré en Libye, rappliquent vers leur terre d’origine, avec les 800 autres recrues d’Al-Chafi. Ils sont très bien entraînés et surarmés. Ils forment alors le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA), une organisation prônant l’indépendance de cette région du nord du Mali. Le MNLA passe à l’attaque en janvier 2012. Il livre de durs combats à l’armée malienne et s’empare de plusieurs villes. Toumani Touré, pris dans l’embarras de combattre sa « famille Touareg », peine à juguler la crise avec son gouvernement. Il sera renversé par le Capitaine Sanogo et ses hommes qui avaient découvert le deal.  Al-Chafi grillé dans l’affaire, l’état mauritanien met sa tête à prix. Il se réfugie au Burkina Faso, exerce avec un passeport diplomatique Burkinabé et fera alors la rencontre de plusieurs autorités de la rébellion ivoirienne, dont Guillaume Soro à Ouaga 2000…/.. A suivre

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